2013
novembre

Pailleter les poussières (en cours)

#Phase 1
La libération ne venait pas si facilement, l’anecdote de son enfermement la défiait.
A travers mers et brume, elle courait derrière les esperluettes de son enfance, comme une ethnologue en ébullition. Elle déduisait le mythe du terre-à-terre de sa vie.
Et lui, il redessinait l’inconnu.
Comment enfilait-il ces perles aux savoirs de désarroi … ?
Cette douleur qu’elle avait vue accrochée à lui. En lambeaux. Sa maigreur, ses doigts crispés, ses yeux qui furetaient à droite, à gauche, sans se fixer, ses mots qui s’envolaient, ses pensées qu’il ne liait pas, ses changements de langues.
L’exigence de ses préoccupations : un nénuphar en décomposition.

Et tout à coup, un regard !
Et la familiarité de sa délicatesse la transperce à nouveau.
C’est à nouveau celui qui l’a troublée qui est face à elle, la regardant curieusement.
Sans la reconnaître.

Elle désirait tenir sa tête au-dessus de l’eau et être emportée sous son poids…
Sa folie n’avait pas de murs mais un nombre incalculable de brèches. Leur quotidien s’effilochait ainsi dans une benne à ordures. Elle voulait dépasser les secondes. Le contre la montre avait déjà commencé. Elle tentait d’illuminer sa douleur sourde à défaut d’éliminer sa douceur lourde!
Les mêmes poussières imprégnaient leurs orteils, la sueur liait leurs articulations et les empêchait de se mouvoir.

Et elle, elle agrafait des paillettes argentées à ses cartes postales écornées, de petites étoiles par-ci, par-là. Juste du bonheur en plastique !
Elle aurait voulu se dégager de l’abîme mais n’avait aucun plan pour y parvenir, les voies d’accès étaient toutes obstruées. Elle devait abandonner la partie.

Ca lui prendrait beaucoup de temps pour l’admettre !



#Phase 2
Désormais, les êtres deviendraient inopportuns. N’importe lequel pourrait convenir mais aucun ne conviendrait. Il faudrait modifier l’essence des circonstances afin que l’ennui se dissipe.
Les matins changeaient ainsi de couleurs. Des odeurs de sueurs se mêlaient aux rêves engloutis dans des draps humides, l’aube n’avait plus de permis de séjour et l’exil avait été promis.
A chaque détour, elle rencontrerait des identiques et, ensemble, ils attendraient que viennent les pélicans de la douleur. Ensuite, ils repartiraient chacun dans leur propre direction, ils s’enfouiraient sans explications et ils accepteraient les coups des conséquences avec négligence.
Ils dégustaient sans satisfaction les soumissions infligées par leur mal-être. Ils n’identifiaient plus rien. L’orage aurait pu gronder, dévaster ou régaler d’un bonheur d’apesanteur. Cela revenait au même. Une envie d’absorber l’ensemble si vite. Une nécessité de temps qui se fait happer. Chaque instant serait un dérapage évident. Ils seraient de toute manière aveugles aux possibles décalages… Ils n’y croyaient plus.

Grignoter l’autre, dévorer encore !
Altérées par le soleil, les consciences endormies et le sable sur la peau. Des tâches de rousseur à localiser, une urgence dans une éternité parsemée. Gober. Englober.

Et les mouettes ricaneraient d’avoir tout vu : la précipitation, les orgasmes volés à l’insouciance des baigneurs, la peau brûlée de la soudaineté du désir.
Les nécessités évidentes de leurs corps.

S’échapperaient des restes enfouis.
Ils seraient alors au plus près de leurs entrailles inavouées. Le manque demeurerait. Et ils n’en feraient rien. Ils ne partageraient rien. Et ils repartiraient aussi vides.

Sans doute, le réflexe distinctif de l’animalité mourrait bientôt à petits feux.


#Phase 3

Sans doute plus tard.
Les gouttes dégoulineront sur la vitre sale et les heures passeront sans animosité, sans éclats non plus.
Elle retrouvera dans une malle crasseuse un pot dans lequel gisaient des paillettes éteintes.
Elle posera le bocal sur un meuble de la salle à manger et s’assoira dans le grand fauteuil, perdue.


#Phase 4
Cela dura longtemps.



#Phase 5
Précipitamment, au milieu de la nuit, elle sauta hors de sa couverture et parsema au vent ce qu’il restait du récipient.
Et ce fut brillant. Les lucioles s’échappèrent. Tout pouvait recommencer.


Projet en cours
Avril 2013 - ...
Texte & Monotype et acrylique sur bois
30cmx30cm

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